Archives par mois : août 2019

Malgré l’apprentissage du dialogue avec le corps depuis de nombreuses années, à travers plusieurs approches dont le shiatsu et la kinésiologie, il m’aura fallu du temps avant d’accepter de plonger dans les eaux troubles de mes profondeurs consciemment. J’ai bien plutôt longtemps cherché la lumière, le soutien, l’apaisement et la sécurité des techniques pour endiguer et tenter de répondre au mal-être et aux malaises que je ressentais, comme à ceux qui m’étaient confiés. Je ne me jette pas la pierre, quand on sent trop de pesanteur, on porte naturellement son regard dans la direction opposée…

Je me souviendrai toute ma vie d’une petite farce du destin qui frappa à tel point mon esprit qu’il marqua un tournant dans ma perception de l’ombre et de la lumière : A l’issue d’une exposition de tableaux plus lumineux les uns que les autres, l’artiste nous offre de tirer au sort un exemplaire miniature de l’un d’eux. Quelle n’est pas ma déception quand je tire un tableau noir seulement traversé d’un fil de lumière avec un petit personnage blanc sur sa courbe !

Ceci illustre bien pour moi la plongée que nous propose Walk In Your Shoes (WIYS). Bien sur, ce processus n’est pas exempt de cadre, de « règles » ni d’apprentissage pour celui/celle qui l’anime, là n’est pas mon propos. Ma question, ma fascination devrais-je dire, tient plutôt de la place majeure qu’occupe le walkeur (le marcheur) qui n’a rien besoin de « savoir » pour bien le faire, bien au contraire !

Pour situer le contexte, WIYS consiste à poser l’intention d’explorer un sujet puis à se mettre en mouvement en développant une écoute dynamique et empathique du corps dans l’instant présent. Cela permet un alignement intérieur qui autorise la libre expression des ressentis et émotions sans la censure du mental. Cette plongée nous offre aussi l’opportunité de contacter nos besoins profonds, d’identifier des ressources, voir d’inviter certaines expériences qui nous ont manqué. C’est un espace où le raisonnement laisse la place à l’évidence qui s’impose dans l’instant, dans le corps, un espace où les blocages sont renégociés pour s’autoriser à être plus vivants… il est essentiel d’être entièrement disposé à tout accueillir !

Alors bien sûr, je m’interroge car cette ouverture n’est pas nouvelle pour moi dans la pratique du test musculaire. Seulement ici, avec le WIYS, on vit les choses, on ne les teste pas. Tout notre être est présent et exprime ce qu’il y a à savoir sur le sujet maintenant. De plus, il n’y a pas de référentiel, de grille, de mots déjà plaqués, d’idée préconçue… c’est la vérité du vivant qui se montre et se dit, viscéralement.

Ce cheminement ne se fait pas tout seul, le facilitateur a ici toute sa place pour inviter le walker (le marcheur) à porter sa conscience sur les mouvements internes qui l’animent, et les mouvements externes qui en témoignent. En cela, son rôle n’est pas différent de celui que j’ai en kinésiologie, mais la façon d’emprunter ce chemin de conscience est très singulier : dans le cadre de la kinésiologie, le facilitateur lit la carte et tente de faire reconnaître le chemin au client. Avec le WIYS, c’est le walker qui chemine en tête et le facilitateur le suit en lui demandant la couleur des paysages qu’il traverse…

Dans ces conditions, les mots exprimés sont comme des traits de lumière… La confiance, l’empathie, la curiosité et l’accueil inconditionnel du facilitateur soutiennent ces mêmes qualités chez le walker. Porté par le mouvement naturel et spontané, il va plonger dans l’inconnu du sujet en se laissant bouger, se laissant ressentir, se laissant dire…

Ce processus pourrait à ce stade être comparé à d’autres approches thérapeutiques. Ce qui le distingue, à mes yeux, d’autres pratiques, c’est sa dimension transpersonnelle. En effet, le walker, celui/celle qui marche, n’est pas forcément le client qui souhaite éclairer ce même sujet. Si la personne se sent trop submergée et bloquée par la question, ou intimidée et inhibée n’ayant jamais fait de walk avant, elle a l’opportunité de demander qu’une autre personne marche pour elle. Ce sera le facilitateur s’ils ne sont que deux, ou bien elle demandera à quelqu’un du groupe avec qui elle se sent « en résonance »de le faire s’il s’agit d’un atelier. WIYS partage ainsi des points communs avec les approches systémiques.

Il faut probablement l’avoir vécu pour en être totalement convaincu : par quelle « magie » un être qui ne me connaît ni d’Eve ni d’Adam va se mettre à bouger d’une façon qui m’est si familière, exprimer des mots et des ressentis qui parlent de ma plus profonde intimité ?.. Ce qui se passe alors dépasse mon « histoire particulière », le walker me tend un miroir sans le vouloir, il vit le sujet dans ses tripes ! Je me sens reconnue et je me reconnais, je me sens accueillie et je m’accueille…

Rien qu’à ce stade, quelque chose s’ouvre en moi même si je ne sais pas exactement quoi…

L’échange après le walk redonnera la parole au client qui aura vécu ce walk en miroir. Il aura alors tout loisir d’exprimer ce qui aura résonné en lui, donnant sens aux mouvements du walker, recueillant la lumière des mots et nous offrant les siens, rassemblant ce qui peut l’être pour s’approprier ce qui relève de SA vérité. Là encore, le facilitateur n’a rien à rajouter, ni surtout à interpréter – son unique rôle consiste à redonner, à rappeler, à questionner…

J’ai rencontré cette pratique du Walk In Your Shoes il y a un an, grâce au témoignage d’une amie. Tout mon corps vibrait rien qu’en me connectant au site. J’ai rencontré depuis des profondeurs insoupçonnées de mon être… Peu importe le temps qu’il me faudra, comme est précieux ce temps d’aller à ma rencontre et de visiter l’ombre qui m’habite pour connaître un peu plus de lumière ensuite…

photo : détail d'un tableau de Fabienne Verdier